Gabès, ville empoisonnée depuis 50 ans dans l'indifférence du pouvoir

Polluée depuis un demi-siècle par le Groupe Chimique Tunisien, Gabès étouffe dans l’indifférence du pouvoir. L’air, chargé de soufre et de particules fines, dépasse jusqu’à douze fois les normes légales. Entre crises l’asphyxie, malades chroniques et silence des officiels, cette enquête retrace, en chiffres, la mécanique d’un désastre industriel que l’État refuse encore de nommer.

 Par Malek Khadhraoui | inkyfada | 05 Juin 2026 

 Le 27 septembre 2025, le collège de Chott Essalem suffoque. Dans les salles de classe des élèves pleurent, sont pris de maux de tête et de nausées, ne peuvent plus  respirer. Les médecins qui les examinent établissent rapidement la cause : une intoxication aux vapeurs d'ammoniac, de dioxyde de soufre et d'acide fluorhydrique, des gaz industriels qui irritent violemment les poumons et les muqueuses. Quelques jours plus tard, une école primaire voisine est touchée à son tour. Puis une autre.

Pendant six semaines, les ambulances enchaînent les appels à travers les quartiers de Ghannouch, Bouchemma et Chott Essalem. L'hôpital universitaire de Gabès prend en charge plus de 180 personnes en moins d'un mois. Les autorités locales comptabilisent officiellement 300 cas d'asphyxie sur la période septembre-octobre.

Ces semaines d'asphyxie prolongent une situation installée depuis 1972, l'année où le Groupe Chimique Tunisien a démarré sa production d'engrais à Gabès. Les études scientifiques sur les effets sanitaires et environnementaux du complexe se sont multipliées au fil des décennies. Aucun engagement gouvernemental de mise aux normes n'a été tenu.

""On ne veut pas d'aregnt ou d'aides", dit Rabeb Jellali, habitante de Ghannouch. On veut juste de l'air propre

Le 26 février 2026, la chambre des référés du tribunal de première instance de Gabès a rejeté la demande de suspension immédiate des unités polluantes du GCT, déposée par la section régionale de l'ordre des avocats de Gabès. La juridiction n'a retenu qu'un seul motif : l'absence de preuve du préjudice. Sept mois plus tôt, un audit environnemental et social commandité par le GCT lui-même a documenté plusieurs non-conformités majeures aux normes nationales et internationales. L'appel a été annoncé le lendemain par le président de la section régionale, Mounir Adouni. Le fond du dossier reste à juger.

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a qualifié ce jugement de " mépris des données avérées et documentées". Le Comité pour la Justice a estimé qu'il " vide la justice des référés de sa fonction préventive et offre une couverture à la violation continue du droit à la vie et du droit à la santé".

À partir d'études scientifiques indépendantes, des archives de l'Agence nationale de protection de l'environnement (ANPE), de l'audit industriel et de témoignages recueillis sur le terrain, cette enquête reprend ce qui a été établi sur Gabès depuis cinquante ans. Elle expose ce que la justice a décidé de ne pas voir.

Mesurer l'invisible : la carte de la pollution à Gabès

Le complexe du Groupe Chimique Tunisien longe le bord de mer sur plusieurs centaines d'hectares. Ses vingt-six cheminées se dressent au-dessus des quartiers de Ghannouch, Chott Essalem et Bouchemma. Entre les murs de l'usine et les premières maisons, il y a parfois moins de cinq cents mètres.

Le complexe produit de l'acide phosphorique, des engrais et des dérivés du phosphate. Ce processus génère en continu des rejets atmosphériques. D'après les données du GCT, transmises au géographe Foued Alaya, ses unités émettent chaque heure 2 214 kilos de dioxyde de soufre (SO₂) et 254 kilos de particules fines (PM₁₀). Le SO₂ est un gaz irritant qui attaque les bronches ; les PM₁₀ sont des particules si petites, moins d'un centième de millimètre, qu'elles pénètrent profondément dans les poumons. Les deux ont des effets documentés sur la santé respiratoire, même à faible dose sur le long terme.

En comptant les deux autres industries de la zone, ALKIMIA et ICF, les émissions de particules fines de l'ensemble du site atteignent 434 kilos par heure. Sur une année, le seul GCT rejette environ 19 500 tonnes de SO₂ et 3 800 tonnes de PM₁₀. Un rapport de la Commission européenne datant de 2018 estimait que le GCT était responsable de 95 % de la pollution atmosphérique de la ville.

Les données montrent que les principaux polluants émis par le GCT sont le dioxyde de soufre (SO₂), les poussières ou particules fines (PM) et les hydrocarbures (HC). Les deux premiers représentent 98 % des flux totaux, dont 82 % pour le SO₂ et 16 % pour les particules fines. Les quantités moyennes annuelles émises sont estimées à :- environ 19 400 tonnes de SO₂,- 3 800 tonnes de particules fines,- 350 tonnes d’ammoniac (NH₃).

Malgré cela, aucun suivi systématique de la dispersion de ces polluants dans l'air n'a jamais été conduit par les autorités. L'ANPE a mené trois campagnes de mesures mobiles entre 2007 et 2018 et maintient depuis 2007 une seule station fixe de surveillance continue à Ghannouch, dans l'enceinte d'une école primaire. Ces données sont restées largement inaccessibles au public pendant des années.

C'est à partir de ces archives, complétées par des mesures directes sur plus de cinquante points répartis autour du complexe, que Foued Alaya a produit la première cartographie indépendante de la dispersion du SO₂ et des PM₁₀ à Gabès. Son travail croise les données de l'ANPE avec le modèle de dispersion atmosphérique AERMOD.

À Ghannouch, à moins de cinq cents mètres des cheminées, on n'a pas attendu ces cartes pour décrire l'air qu'on respire.

On se réveille fatigués, comme si on avait été battus", dit Rabeb Jellali, habitante de Ghannouch. " L'air est lourd et sent mauvais. On garde les fenêtres fermées tout le temps. Même quand on lave les vêtements, ils sentent toujours les produits chimiques."

La Tunisie fixe une valeur guide nationale de 50 µg/m³ pour le SO₂ en moyenne annuelle. L'Organisation mondiale de la santé recommande quant à elle 40 µg/m³ sur 24 heures. Pour les PM₁₀, la norme nationale est de 80 µg/m³.

Concentrations cumulées de SO₂ mesurées lors des campagnes ANPE (2007–2023) et interpolation spatiale (méthode IDW). Source : ANPE 2007–2023, Alaya 2025 (preprint SSRN).

La zone la plus intense, en rouge sombre, se concentre autour du complexe industriel et du port, là où les cheminées sont les plus denses. À deux kilomètres des installations, les concentrations relevées lors des campagnes de terrain atteignent entre 3 600 et 4 600 µg/m³, soit environ douze fois la valeur limite journalière tunisienne et près de cent fois la recommandation OMS¹⁰.

Ce qui frappe à la lecture de cette première carte, c'est la présence d'un second foyer d'accumulation au sud, autour des quartiers de Bled et de Jara, à plusieurs kilomètres du complexe. Ce point chaud résidentiel s'explique par la topographie locale et le comportement nocturne de la brise marine, qui ramène vers le littoral les polluants émis dans la journée. Plus loin, entre trois et six kilomètres du complexe, les valeurs restent autour de 1 600 µg/m³. Même à cette distance, le seuil d'alerte national de 500 µg/m³ est dépassé.

Dispersion horaire du SO₂ modélisée depuis les cheminées du GCT (croix rouges) via le modèle AERMOD. Chaque courbe relie les points de même concentration (µg/m³). Concentration maximale modélisée : 2 100 µg/m³. Source : données brutes ANPE / GCT 2022, Alaya 2025.

La seconde carte montre comment cette pollution se propage heure par heure depuis les sources. La concentration maximale modélisée depuis les cheminées atteint 2 100 µg/m³. Les courbes les plus serrées entourent la zone industrielle, puis s'élargissent vers l'ouest et le sud-ouest dans la direction des vents dominants d'été. La courbe à 800 µg/m³ (seize fois la recommandation OMS, plus du double du seuil d'alerte national) englobe Ghannouch, déborde vers Bouchemma et atteint les zones habitées au sud de la zone industrielle. La courbe à 500 µg/m³, qui correspond déjà au seuil d'alerte, couvre l'essentiel des quartiers résidentiels adjacents. À aucun endroit de la carte, les concentrations ne descendent sous 235 µg/m³, soit toujours près de six fois la recommandation OMS.

Légende : Concentrations de PM₁₀ mesurées lors des campagnes ANPE (2007–2023) et interpolation spatiale. Source : ANPE 2007–2023, Alaya 2025.

Les PM₁₀ ne viennent pas d'une seule source : elles s'accumulent depuis les fumées de combustion, la manutention du phosphate, les poussières de chargement et les envols depuis les aires de stockage. Leur dispersion est donc plus large et couvre une surface plus vaste que celle du SO₂.

Trois foyers se dessinent sur la carte. Le plus intense, en rouge sombre, recouvre le cœur du complexe industriel et ses quartiers immédiats, du sud de Ghannouch à Chott Essalem-Nord. Les concentrations y atteignent 390 à 456 µg/m³, cinq fois la norme nationale. Vers l'ouest, la pollution longe la route nationale RN1 jusqu'à Bouchemma, à 321-389 µg/m³, quatre à cinq fois la norme, dans une zone résidentielle et agricole faite de logements ouvriers et de cultures qui reçoivent les retombées en permanence. À l'est, elle atteint Gabès-ville et ses quartiers de Jara, Bab Bhar, Nahal et Chenini, à des concentrations de 186 à 320 µg/m³. Au sud, Bdoura, Chentech et Teboulbou enregistrent encore entre 118 et 253 µg/m³, à la limite ou au-dessus du seuil légal. Aucune zone propre n'apparaît sur la carte.

La carte de dispersion des PM₁₀ révèle deux phénomènes majeurs. D'une part, la pollution ne se limite pas aux abords des cheminées. Des zones de reconcentration apparaissent à Ghannouch et autour de Bouchemma, où le relief et les palmeraies ralentissent la dispersion des particules. Les oasis jouent un rôle de filtre partiel, mais insuffisant pour ramener les concentrations sous les seuils réglementaires.

D'autre part, la norme nationale de 80 µg/m³ n'est atteinte qu'en mer, dans des zones inhabitées. Sur l'ensemble du territoire terrestre étudié, de Métouia à Teboulbou, les concentrations de PM₁₀ restent supérieures à cette limite. Près des installations industrielles, elles atteignent jusqu'à 466 µg/m³.

Ces résultats montrent que la pollution atmosphérique dépasse largement le périmètre du complexe chimique. Transportés par les vents dominants, les rejets se propagent sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les changements de direction de la brise favorisent ensuite leur accumulation dans certaines zones habitées, exposant durablement une grande partie du territoire de Gabès.

Le vent comme vecteur 

Dans cet environnement toxique, le vent joue un rôle majeur dans la cartographie de la pollution et agit comme un facteur aggravant. La direction du vent détermine chaque jour quels quartiers absorbent le plus gros des émissions.

La Rose des Vents pour Gabès montre combien d'heures par an le vent souffle dans la direction indiquée. 30 ans de données montrent une dominance des vents venant de l’Est, l’Est Nord-Est et à moindre mesure de l’Est Sud-Est. Source : Meteoblue.com

De mars à octobre, les vents dominants soufflent de la mer vers la terre, du secteur est-nord-est à est-sud-est, et poussent les panaches du GCT directement sur Ghannouch, Chott Essalem, Bouchemma et Gabès-ville. Ils soufflent en général à moins de 5 mètres par seconde (18 km/h), ce qui est trop lent pour disperser les polluants en altitude : ces derniers restent collés au niveau du sol, là où les gens respirent.

En été, la brise marine accentue le phénomène. En journée, elle ramène les polluants de la mer vers la terre. La nuit, le vent s'inverse et les rejets accumulés dans la journée peuvent refluer vers le littoral avant que la brise matinale ne reprenne. C'est une respiration empoisonnée, deux fois par jour, dont le rythme saisonnier est maintenant documenté.

Ghannouch est la plus exposée : sa position en fond de zone industrielle la place sous les panaches quel que soit le régime de vent. Chott Essalem et Bouchemma sont très touchées de mars à octobre. Gabès-ville est atteinte de façon variable selon les mois.

Rose des vents mensuelle enregistrée à la station de Gabès-Médina entre 2002 et 2023. Huit mois par an, de mars à octobre, les vents dominants viennent de l'est, renforcés en journée par la brise marine. Ils poussent les panaches industriels vers les quartiers résidentiels. De novembre à février, les vents passent au sud-ouest et les rejets repartent vers le large. Source : F. Alaya, 2025 (preprint SSRN).

Un dépassement permanent

Les données de la station de Ghannouch ont fini par effacer la frontière entre la normale et l'exception. Les PM₁₀ dépassent la norme nationale onze mois sur douze. Le SO₂ dépasse la valeur guide nationale tout l'été. En 2022, Gabès affichait les niveaux les plus élevés de tout le réseau national.

"Ces valeurs montrent un état permanent, pas des pics exceptionnels", écrit Alaya.

Concentrations mensuelles de SO₂ et de PM₁₀ à la station de Ghannouch. La pollution atteint son pic entre juin et août. Pendant ces trois mois, les concentrations de SO₂ dépassent à la fois la valeur limite tunisienne (50 µg/m³) et la recommandation OMS (40 µg/m³). Les PM₁₀ dépassent le seuil national de 80 µg/m³ onze mois sur douze. Les niveaux baissent temporairement en octobre et novembre, lorsque les vents d'ouest dispersent les émissions. Source : données ANPE, analyse F. Alaya, 2025 (preprint SSRN).

Les ombres invisibles : la radioactivité du phosphate

Sous la vase grise et l'odeur de soufre, une autre pollution travaille, invisible et lente. Depuis cinquante ans, elle s'accumule dans les sédiments du fond marin et dans les sols cultivés autour des oasis.

Pour comprendre d'où elle vient, il faut comprendre comment fonctionne l'usine. Le phosphate naturel contient des traces d'éléments radioactifs : radium, uranium, thorium, potassium, des éléments présents dans presque toutes les roches, à des concentrations normalement très faibles.

Le problème vient du traitement industriel. Lorsqu'on attaque la roche à l'acide sulfurique pour en extraire l'acide phosphorique, ces éléments radioactifs se concentrent dans les déchets. Le phosphogypse, la boue blanchâtre qui reste après extraction, en contient davantage que la roche de départ. Et la mousse que le phosphogypse forme au contact de la mer en concentre encore plus. C'est cette mousse, dense et riche en matière organique, que les courants dispersent vers le large. Depuis 1972, le GCT rejette entre 14 000 et 15 000 tonnes de phosphogypse par jour directement en mer, sans aucun traitement. Le cumul dépasse aujourd'hui 500 millions de tonnes.

En 2019, Radhouan El Zrelli et son équipe ont publié la première évaluation complète des risques radiologiques liés aux matières industrielles du GCT. Ils ont analysé trois échantillons prélevés directement dans les usines : la roche phosphatée brute, le phosphogypse et la mousse de phosphogypse.

Les mesures dessinent une progression nette. La roche phosphatée arrive à l'usine déjà chargée, à 671 Bq/kg, au-dessus de la moyenne mondiale. Le procédé industriel concentre cette radioactivité naturelle dans ses résidus. La mousse de phosphogypse, fraction la plus mobile et la plus dispersée par les courants, atteint 2 011 Bq/kg, soit quatre fois la moyenne mondiale et huit fois la valeur du phosphogypse dont elle provient.

Valeurs en becquerels par kilogramme (Bq/kg) de matière sèche. Un becquerel correspond à une désintégration radioactive par seconde. Plus le chiffre est élevé, plus la matière émet de rayonnement. La mousse de phosphogypse atteint 2 011 Bq/kg, soit quatre fois la moyenne mondiale (500 Bq/kg). C'est aussi la matière la plus mobile, dispersée par les courants sur des dizaines de kilomètres de côte. Source : El Zrelli et al., Marine Pollution Bulletin, 2019, Tableau 1. Moyennes mondiales : UNSCEAR 2000.

Chaque année, ces rejets de phosphogypse déversent dans le golfe 8,41 tonnes d'uranium et 3,89 tonnes de thorium. Les deux éléments ont une demi-vie de plusieurs milliards d'années. À l'échelle d'une vie humaine, ils ne disparaissent pas. Ils s'accumulent dans les sédiments et passent dans la chaîne alimentaire en remontant des organismes marins jusqu'aux consommateurs.

En cinquante ans de fonctionnement, et sur la base des chiffres annuels actuels, les rejets de phosphogypse représentent plusieurs centaines de tonnes d'uranium et plus d'une centaine de tonnes de thorium accumulés dans le golfe, un chiffre qui sous-estime la réalité puisqu'il n'inclut pas les rejets de roche phosphatée brute ni de mousse de phosphogypse.

La contamination radioactive s'accumule en silence dans les sédiments, dans les chairs des organismes, dans les tissus des riverains. Les chercheurs l'ont traduite en chiffres qui mesurent le rayonnement ambiant et son impact biologique.

Pour comprendre la portée de ces mesures, les chercheurs ont traduit les données brutes en indicateurs de risque. Chacun éclaire une dimension différente de l’exposition, et tous convergent vers le même constat : la radioactivité issue du complexe chimique dépasse largement ce qu’une population civile devrait absorber dans son environnement quotidien.

Le rayonnement ambiant se mesure en nanogray par heure (nGy/h). Un gray mesure l'énergie que le rayonnement dépose dans un tissu vivant ; un nanogray en est un milliardième. La moyenne mondiale normale est de 59 nGy/h, c'est le niveau de rayonnement naturel que chacun reçoit en vivant sur Terre. À proximité des dépôts de mousse de phosphogypse sur le littoral de Gabès, ce rayonnement atteint jusqu'à 595 nGy/h, soit dix fois la normale.

La dose annuelle reçue par le corps se mesure en millisievert (mSv). Le sievert traduit l'impact biologique du rayonnement : il tient compte à la fois de la quantité d'énergie reçue et de la sensibilité des organes exposés. Pour comparaison, un scanner médical du thorax délivre environ 7 mSv, une radio des poumons 0,1 mSv.

La limite admissible pour un habitant ordinaire, et non un travailleur du nucléaire, est fixée à 1 mSv par an par les commissions radiologiques internationales. La moyenne mondiale liée aux matériaux naturels est de 0,07 mSv/an. À Gabès, pour les personnes vivant en contact avec les dépôts de mousse, la dose calculée atteint 0,73 mSv par an, soit dix fois la moyenne mondiale et proche de la limite réglementaire.

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