« Je n’aime pas les adolescents. Je ne les comprends pas »
Une phrase dite par le président Macron a l’écrivain Emmanuel Carrère[1].
Dans la rue, des jeunes répondent : « Vous ne comprenez pas notre douleur.»
Entre ces deux phrases, il y a la distance entre une classe politique complètement déconnectée et les vies dont elle décide.

Il y a les banlieues, auxquelles on réclame sans cesse des preuves d’intégration sans jamais avoir à leur fournir de preuves d’égalité. Il y a l’éducation qu’on tue à petit feu, puis les élèves et les professeurs qu’on accuse de ne pas faire assez d’efforts. Il y a le mépris de classe qui se déguise en leçon de mérite.
Et il y a ces pancartes, cette révolte. Des jeunes qui prennent sur leurs heures de cours pour défendre la possibilité même d’apprendre. Contre les classes de trente-six élèves, les salles délabrées et insalubres, les professeurs absents jamais remplacés, les rats, les cafards.
Ils demandent une école qui tienne, un avenir qui ne soit pas réservé aux héritiers, une dignité qui ne dépende pas de leur adresse.


Puis vient la réponse, d’une violence inouïe. À quinze ans, une main arrachée par une grenade. À quatorze ans, une mâchoire fracturée, des dents brisées par un projectile. Et il faudrait encore écouter ceux qui expliquent que ces enfants l’ont bien cherché. « Ils ont provoqué les policiers », comme si cela pouvait justifier une mutilation.


« C’est pire ailleurs », comme s’il fallait remercier le pouvoir de ce qu’il ne nous a pas encore fait subir.
Nous ne rappelons pas Gaza pour la rhétorique, ni par obsession bornée de la cause. Nous la rappelons parce que nous n’avons cessé de le dire à ceux qui ne se sentaient pas concernés : lorsque la violence du plus fort est normalisée quelque part, c’est partout qu’elle devient difficile à combattre.


Justifier les corps déchiquetés d’enfants en Palestine, c’est accepter qu’un jour vienne où le pouvoir puisse justifier les corps mutilés d’enfants en France.
Alors, aujourd’hui plus que jamais, nous devons choisir notre monde, partout.
Et comme diraient les enfants d’une « Gen Z » qui a le sens de la formule, « Le feu aux poubelles, ça fait peur aux ordures ».
- Qui a accompagné le président lors de son voyage au Canada et au Groenland en 2025, pour le journal britannique « the Guardian ». ↑





